En avril, découvre-toi d’un fil

13 avr

Ah le Printemps ! Les beaux jours qui reviennent et qui rallongent, la recherche de la terrasse parfaite, le sacré-graal « so parisian » ; celle pas trop blindée (parce qu’on ne veut pas se retrouver sur le trottoir) mais pas trop vide non plus (parce que c’est tellement sympa de regarder passer les gens sur le trottoir), celle où le demi n’est pas cher parce qu’on ne compte pas rentrer tout de suite, celle où l’on se met à rêver des prochaines vacances d’été en fumant sa clope en toute liberté.

Une amie me disait lors d’un dîner qu’elle avait même été émue aux larmes en assistant en direct à la télé londonienne à l’éclosion des premiers bourgeons. Ah le Printemps…celui de Bourges aussi, qui commence aujourd’hui et se prolonge jusqu’à samedi où l’on pourra applaudir PUSS IN BOOTS aux 3 P’tits Cochons à 1H.

Et surtout, au Printemps, on ressort les jupettes imprimées liberty, qui laissent entrevoir nos gambettes imprimées cachet d’aspirine, et on écoute en streaming sur son Iphone le dernier album de MGMT, qui, ont l’espère, bercera jusqu’à l’été nos soirées pic-nic.

Un article paru dans The Independant s’est d’ailleurs penché sur une question ma foi tout à fait de saison : la question du lien entre représentation du corps (dénudé) et musique pop. Un article « de fond » sur les évolutions de la révolution sexuelle dans le monde de la pop féminine.
Là où dans les années 70 des artistes pop loin d’être pudiques (l’exemple est cité de The Runaway) engendraient des émeutes parmi la gente masculine, l’exposition du corps sur scène, en parallèle de l’affirmation sociale et sexuelle des femmes, à depuis fait son chemin. Des clips provocateurs de la Madone au maillot de bain trop petit de Samantha en passant par it’s-Britney-bitch, et plus récemment du buzz national de Make the Girl Dance à l’apogée porn-trash de Lady Gaga en mode sado-masochiste dans son très réussi dernier clip « Telephone »…

…Rien de très neuf sous le soleil vous me direz. Les groupes pop (et pas que) ont toujours joué avec leur image, de manière plus ou moins provocatrice. C’est même une composante incontournable de leur mix-marketing. Et cela ne s’arrête évidemment pas aux artistes féminines (on pense à Iggy Pop, à Marilyn Manson, ou encore au clip pixélisé passé presque inaperçu de Flairs).

On peut ainsi se questionner sur l’intérêt d’un tel article quand on sait que le sexe ou en tout cas la représentation suggérée de la femme en tant qu’objet sexuel ne se limite évidemment pas à l’industrie culturelle mais s’est étendu à d’autres domaines, bien plus scandaleux aux yeux de certains détracteurs, comme celui de la publicité. La récente censure de la dernière campagne de Damien Saez en est un exemple tout à fait parlant quand bien même ce dernier cherchait probablement à dénoncer un système bien plus scandaleux en lui-même : la surenchère du trash et de la marchandisation du corps féminin. Même si c’est pour vendre un concert… ? Oui, le sexe et la nudité de manière générale fascine depuis toujours donc fait vendre. Et l’hypocrisie qui s’y rattache n’en est qu’encore plus scandaleuse. Et pendant ce temps là…des milliers de jeunes hommes et femmes passent leurs journées sur Chatroulette, la real-TV trash des années 2010.

A l’heure où je vous écris, je suis donc tombée sur un phénomène assez étrange qui prend le contre-pied de l’argumentation développée plus haut : la pochette de « As clean as possible » deuxième album de Boogers paru sur le label AT(h)OME le mois dernier, où ce cher monsieur de 34 ans originaire de Tours « ose » se mettre en scène…torse nu. Meow.

Mais ici nous ne sommes pas dans la séduction à proprement parlé (en réponse à une question posée dans une ITW sur le blog savemybrain il répond : « (…) Si c’était pour charmer les filles, j’aurai fait un peu de musculation! Je suis souvent comme ça sur scène et il n’y a qu’une seule raison : quand j’ai chaud j’enlève mon t-shirt. »), plutôt dans une mise à nu de son patrimoine (ses instruments, son look de hobo barbu…).
On découvre à l’intérieur (du disque) un anti-playboy complètement non-identifié dans le paysage pop français mais terriblement attachant. Homme-orchestre à défaut d’être homme-objet, Boogers à bon goût puisqu’il cite parmi ses influences majeures Beck, Deus, ou encore Weezer. Du rock et de la pop donc, mais pas que, avec une pincée de hip hop et une cuillère de stoner. On sent aussi le côté électro sur certains titres, probablement vestiges de son dernier job (ex-batteur de Rubin Steiner).
Certes, son accent anglais n’est pas parfait et son album est peut être un peu bricolo sur les bords ; mais on aime son sens de l’humour, son univers décalé, frais et novateur, ses mini-tubes maxi-efficaces qui rentrent directement dans nos playlists des beaux jours. On l’a loupé sur Paris à la Maroquinerie le 7 avril dernier mais on ira l’applaudir des deux mains le 16 avril à la Bellevilloise dans le cadre des Nuits Zébrées-Nova.

Boogers – I Lost My Lungs by Les3elephants

En avril, quand les filles se découvrent d’un fil, on découvre des garçons qui filent un bon coton. Un plaisir, que dis-je, presque un péché…

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Une Réponse à “En avril, découvre-toi d’un fil”

  1. Maillot de bain octobre 9, 2010 à 19:05 #

    Le printemps c’est toujours sympa

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